Votre argent intéresse les labos
Par wouiince wouiince le mercredi 3 janvier 2007, 02:10 - LA CAMPAGNE !!! - Lien permanent
Et surtout la santé. C’est bien ce qui se dit ces jours-ci. Surtout la santé, avant même le travail, l’amour, le logement. Quoique. Car par un curieux effet d’enchaînement, la perte d’un travail, l’absence de logement ou l’impossibilité d’aimer sereinement fournissent nombre de preuves de la maxime bien connue : il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade. Mais plus encore : les pauvres ont semble t il une fâcheuse tendance à être plus malades et à mourir plus tôt que les riches.
C’est pourtant au nom de notre santé à tous que le gouvernement met en place deux réformes de poids. D’une part le développement de l’automédication, d’autre part le suivi par les labos pharmaceutiques eux mêmes du traitement des malades.
L’automédication, c’est simple comme un coup de bambou. Vous entrez chez le pharmacien, vous commandez vous mêmes vos boîtes de ceci et vos comprimés de cela, il vous les donne, vous les payez. Pas besoin de médecin, pas besoin de Sécu. Si vous êtes « addict » au sirop à la codéine, pas de problème, c’est tout pour votre poche et pas besoin de contrôle. Les clients pourraient même aller jusqu’à se servir eux mêmes. Une liberté de plus, en somme, celle de payer plus.
L’observance, soit donc le suivi par les labos du traitement des clients, pardon des malades, c’est tout aussi simple. Un coup de téléphone, la visite d’un démarcheur, une relance par courrier, Bonjour Mme Michu, vous avez pris vos 5 comprimés de Synthénofi aujourd’hui. Non, non mais ça va mieux , je vous assure. Allons, madame Michu, ça ce n’est pas sérieux du tout. Votre santé est en jeu. Il faut prendre tout, tous les jours et pendant trois semaines encore. Synthénofi vous le dit et Synthénofi, on s’y fie. En réalité, et c’est l’évidence, ces deux projets sont une même machine. Une machine à faire de l’argent, une machine à casser la Sécurité sociale.
Il faudrait contre toute déontologie faire confiance aux grands labos pour jouer les bons docteurs Jekyll. Mais qui peut croire que dans ce secteur, l’un des plus importants aujourd’hui en termes économiques, les exigences de rentabilité des grands groupes, leur cotation en Bourse, les dividendes toujours en hausse à verser aux actionnaires n’auront jamais rien à voir avec Mister Hyde. Qui peut être assez naïf pour croire que ne se mèneront pas entre eux des guerres tout à la fois picrocholines et désastreuses.
L’automédication, quant à elle, outre ses évidents dangers pour la santé et la bourse des malades – devra t on dire les consommateurs- a un objectif affirmé par ses promoteurs qui serait de réduire le déficit de la Sécu. En fait tout le système de santé est visé avec pour but de le soumettre à la loi du marché. Ce que les Français ont sorti par la grande porte, lors du référendum sur la constitution pour l’Europe revient par la fenêtre.
Qu’est ce que tu préfères, interroge Pierre Palmade dans un de ses sketchs. Qu’est ce qu’on préfère. Le déficit de la Sécu ou payer nous mêmes nos soins. Se bourrer de médicaments tout seul ou en être gavé par le labos que votre argent intéresse.
Ces deux projets jouent d’un postulat. La santé serait un coût devenu insurmontable pour la Sécurité sociale. Mais à aucun moment n’est posée la question de son financement en rejetant les exonérations de charges patronales. D’une réforme de l’assiette prenant en compte les formidables plus values financières. La Sécu a été créée à la Libération dans une période noire. Le retour à un remboursement à 100% . C’est un choix politique. Qu’est ce que tu préfères ? Être remboursé et bien suivi par un médecin avec des médicaments efficaces ou payer très cher pour n’importe quoi ?
