Intervention de Francis Wurtz en session plénière, Bruxelles, 23 octobre 2007.
Le Général de Gaulle disait de Valéry Giscard d’Estaing : "son problème, c’est le peuple". La formule s’appliquerait plutôt bien aujourd’hui, au Conseil européen !
Pour les marchandages au Sommet, les 27 se sont montrés, une fois encore, assez doués. L’inventaire à la Prévert des concessions octroyées à tous les récalcitrants mérite une mention. A ce prix, on a pu mettre tout le monde d’accord : depuis les héritiers des "pères fondateurs" de la Communauté jusqu’aux eurosceptiques les plus invétérés.
Il n’y a, finalement, que deux ou trois choses qui semblent intouchables - et, au Conseil européen, nul n’a, du reste, songé à y toucher.
C’est, par exemple, le cadre contraignant dans lequel les politiques économiques et sociales de l’Union doivent impérativement s’inscrire :
• "l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre" ;
• les missions de la BCE ;
• les orientations du Pacte de stabilité ;
• le strict respect de la liberté de mouvement des capitaux ;
• la suppression progressive de tout ce que les "investisseurs" considèrent comme des "barrières" aux échanges ;
Ou bien, la concentration de pouvoirs essentiels dans des institutions inaccessibles aux citoyens, aux parlements nationaux, voire aux gouvernements eux-mêmes - en particulier dans les pays dont le poids est plus modeste ;
Ou encore, la dimension prise, dans la politique extérieure de l’union, par les aspects militaires...
Il s’agit là de "lignes rouges" - comme on dit en anglais ...- qu’il ne faut pas franchir, selon les milieux dirigeants de l’Union.
Le problème : c’est que c’est précisément sur ces points-là que porte l’essentiel des interrogations ou des critiques, dans nos peuples respectifs !
Et c’est l’absence persistante de réponses à ces interrogations, le refus répété d’entendre ces critiques, qui alimentent la crise de confiance dont souffre l’Union auprès de nos concitoyens.
D’ailleurs, si les membres du Conseil européen avaient ouvert les fenêtres de leur salle de Conférence, ce 18 octobre, ils auraient pu mesurer en direct la force de cette désaffection, exprimée dans les rues de Lisbonne par la plus puissante manifestation qu’ait connue le Portugal durant ces vingt dernières années ! Ni M. Socrates ni M. Barroso ne me démentiront...
"Le défi suprême (de l’Union) - peut-on lire dans la communication de la Commission au Sommet de Lisbonne - c’est d’expliquer aux citoyens (ce) que l’UE représente pour les Européens"
Toujours "expliquer", jamais "tenir compte" ! Toujours la communication, jamais le débat contradictoire. Et donc, à plus forte raison, pas de référendum !
Oui, le problème du Conseil européen, ce sont les peuples. Sauf que, sans les peuples, il n’y a pas d’avenir pour une grande ambition européenne.
Cette question ne mérite-t-elle vraiment pas qu’on puisse en discuter un jour franchement? Je vous pose la question.
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